AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Les Chroniques de Talia

Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
Lerith
Admin
avatar

Messages : 1053
Date d'inscription : 28/05/2016
Age : 28
Localisation : Pau

MessageSujet: Re: Les Chroniques de Talia   Lun 7 Nov - 17:15

Le miroir du Destin - Partie 1



Ce voyage a duré un moment. Quand nous avons enfin réussi à quitter Klepp, c'était un jour après la nomination du nouveau jarl qui se trouve être le frère aîné de Rhist. Même bannie, elle pourra toujours compter sur sa famille. Je n'ai pas souhaité regarder leurs adieux, cela ne me rappelait que trop ma propre famille.
Et puis, j'avais plus important à penser. Plus nous approchions de notre but, et plus je sentais l'angoisse monter en moi. Sa majesté... ma reine... serait certainement furieuse, et terrifiante. Le peu de fois où je l'ai vu en Afrheim elle n'avait ni sourire ni douceur.

Autant dire cependant, que durant le voyage, aucun de nous n'a eu le temps d'y songer. La mer était en furie, elle avait quelque chose de surnaturel. Le capitaine nous tranchait du regard, braillant qu'en vingt ans de navigation il n'avait jamais vu une chose pareille. Quand le mat à cédé, nous avons été forcé de faire une halte à l'abri dans une crique pendant deux jours.
Ces deux jours sur la plage m'ont permit de m'entraîner davantage aux runes avec maître Blotolf mais combien de temps avons-nous perdu dans notre quête ?

Malgré tout, je voulais garder confiance. Le voyage a repris et cinq jours plus tard nous avons atteint le fjord. Un brouillard épais nous enveloppa avant même d'avoir accosté. L'équipage, apprenant de ma bouche qui nous allions rencontrer, tremblait de peur. J'ai fait de mon mieux pour les calmer. Selon moi, jamais ma reine ne nous ferait du mal, nous ne risquions rien de sa part...
... et je n'avais pas tort. Ce n'est pas d'elle que sont venus les ennuis. Sitôt le navire arrêté, nous avions à peine posé pied à terre qu'une horde de sauvages vêtus de pagnes et armés d'ossements et de bâtons nous ont chargé. Ils étaient plus résistant qu'on ne le pensait, même si Bjorn et moi nous en sommes sortit sans mal. Rhist a été blessée et il y a eu un mort et un blessé grave parmi l'équipage. Ils ont préféré nous laisser là, et nous attendre dans une crique plus au Sud. Qui leur en voudrait ?
Nous avons continué seuls, et traversé une vaste forêt sauvage. Plus nous avançons et moins on entendait de bruit jusqu'à ce que ce soit le silence complet. Même le fait de marcher sur une brindille ne provoquait pas le moindre son. Devant nous, le brouillard s'écartait comme pour nous montrer la voix. Je me répétais sans cesse "nous sommes attendus" pour me donner du courage... mais j'avais peur. Jamais mortel qui a survécu à sa rencontre avec la Dame de Givre en est sortit indemne.
Finalement, nous avons atteint le pic où se trouvait sa caverne. A l'entrée, sur une table de pierre, des offrandes en eau et nourriture avaient été déposées, nous avons vu deux enfants en pagne y ajouter un panier de poissons et s'enfuir en courant quand ils nous ont vu. Ce ne pouvait être qu'ici. Au dessus de la porte, j'ai pu lire les runes :

"Ton destin est écrit de ta naissance à ta mort."

Tout indiquait que nous avions trouvé ce que nous cherchions. Nous sommes entrés, mais nos animaux ont refusé de nous suivre que ce soit le faucon d'Alric, Xeris, ou le cheval de Rhist. C'est à nous quatre seulement que nous sommes entrés dans la caverne. J'inspirais un grand coup...


A l'intérieur, la glace était si lisse qu'on aurait cru à des miroirs déformant, et pour peu oui ils déformaient. Hormis Rhist, ces miroirs nous renvoyaient une image de notre transformation : un ours pour Bjorn, un sanglier pour Alric, une louve pour moi.
Un peu plus loin, un puits sculpté dans la glace, et Joggy nous attendait. Dans les miroirs, le reflet de l'animal légendaire était auréolé de blanc et d'or. Rien d'étonnant, me suis-je dit, pour une créature presque divine. C'est lu iqui nous a servir de guide jusqu'à un croisement d'une multitude de portes. Sans indications, ni runes, un seul de nous pouvait emprunter chacune d'elle. Nous devions nous séparer. Rhist était tendue et angoissée, au moins autant que moi mais pour d'autres raisons. Bjorn, courageux, est partit le premier sans attendre, il avait foi en mes paroles sans doute : "elle ne nous fera aucun mal, mais nous mettra à l'épreuve". Je suis partie en dernier, afin d'être derrière eux jusqu'au bout et de les encourager à avancer sans peur. Ma peur à moi était bien différente...

Dans ces couloirs sombre, je continuais de voir mon reflet dans la glace lisse. C'était moi, sans l'être. Je me voyais enfant, m'exerçant seule à l'art, aux doubles sabres, au chant. Je voyais mon obstination à me perfectionner dans le plus de domaines possibles, mes premiers essais en Galdr, en Sejdr, mes premiers voyages... mes rêves d'aventures...
Puis, je me voyais marcher droit devant moi, le regard indescriptible. Autour de moi, il tombait des arbres, des pierres, des torches enflammées mais rien ne semblait m'atteindre. En revanche, je voyais mon peuple me tourner le dos. Tous, alfr ou midgardiens, se tournaient sur mon passage comme pour éviter de me regarder. Un profond sentiment de malaise m'envahit. Juste avant d'arriver à la sortie, alors que j'allais passer la porte, je vis un autre reflet plus loin... je devais m'avancer encore pour le regarder. La curiosité l'emporta, j'allais le voir... et mon sang ne fit qu'un tour.
C'était moi, de dos, debout face à un homme d'une grande beauté, aux cheveux roux et au sourire carnassier. Je ne tremblais pas sur ce reflet, comme je pouvais trembler en cet instant rien qu'à le regarder. Loki se penchait vers moi et murmurait quelque chose à mon oreille en me tirant vers lui, et je ne cherchais même pas à résister. J'aurais voulu pousser un cri mais l'image se fondit dans un tourbillon rouge et bleu. Je me retrouvais seule face à moi-même.
Choquée, mortifiée, je reculais et passais la porte. J'ai rejoint les autres dans une grande salle circulaire décorée d'une seule colonne marquée de runes. Là encore je leur ai fait la lecture.

"Ici règne la Dame de Givre, quiconque pénétrè en ces lieux sera soumis à sa loi."

Un râtelier attendait nos armes, je n'ai pas hésité un seul instant. Je tremblais encore, mais je devais avancer. Dans la pièce suivant, nous avons trouvé une fresque magnifique, travaillée dans la glace jusque dans ses moindres détails et représentant l'Yggdrasil. Une arche de chaque côté menait à la pièce suivante. Un souffle glacé me fit sentir que nous approchions du but.
Nous avons pénétré dans la salle du trône de la Dame de Givre. Elle était là, assise sur l'estrade dans un trône de glace, le visage sévère, terrifiant.

J'ai posé genou à terre sur le champ, Rhist m'a imité, Alric s'est littéralement jeté au sol il aurait presque rampé devant elle. Bjorn s'inclina, sans plus. Elle ne dit rien au début, et quand elle frappa dans ses mains mon cœur manqua un battement. Un cercle se dessina autour de nous, et nous ne sentions plus le froid. C'est alors que j'ai entendu sa voix pour la toute première fois :

"Toi l'homme venue du Sud qui a subi la tentation hérétique, toi l'homme en quête de savoir qui lui a été volé, toi l'enfant qui a tourné le dos à ton peuple et qui t'es retrouvée coincée ici, et toi femme qui ignore encore toute l'importance de son rôle à venir... qu'êtes vous venu chercher ici ? Parlez, posez-moi la question."

Aucun de nous ne pouvait parler. Je sentais qu'ils me regardaient, tous, mais je n'y arrivais pas. Elle a alors haussé la voix, je me suis glacée sur place.

"PARLEZ ! n'auriez-vous fait tout ce chemin que pour rester muet ?"

Comment mère a t-elle réussi à obtenir la bénédiction d'un telle femme ? Je réalise ô combien je suis misérable à côté de leurs exploits. Je ne suis rien, rien de plus qu'une enfant, une simple enfant qui rêvait de voyage sans mesurer les conséquences de son imprudence. Comme j'aurais voulu lui demander de me ramener en Alfrheim... Mais j'avais d'autres responsabilités, un engagement à tenir.

"On nous envoie vous trouver votre altesse, car la situation à Midgard devient de plus en plus inquiétante et les failles commencent à se répandre dans tous les mondes."


Elle m'a fixé avant de se rasseoir.

"Midgard se meurt. Nul ne sait où est la source de ce mal, excepté la source du savoir elle-même. Même moi je ne connais la réponse. Pour la connaître, il n'est qu'un seul moyen. La Source de Mimir..."

Nous nous sommes regardés. Mimir, la source de toute la sagesse du monde. Odin lui-même est allé boire de cette source... ce sanctuaire touche à ce qu'il y a de plus sacré, de plus divin en ce monde.

"... Pour accéder à ce sanctuaire, trois clés sont nécessaires. Eau, glace, feu et éclair. Quatre clés, quatre gardiens, quatre mondes. L'un se trouve dans celui des flammes éternelles, la seconde dans son exacte opposé, le troisième dans le monde d'où vient l'un d'entre vous et la dernière dans un paradis gardé par d'anciens dieux. Le sanctuaire se situe loin au Nord Est, dans un pays où un prince doit rentrer... mais sans les clés, n'espérer pas y entrer. Un choix s'imposera alors à vous, si vos survivez : tuer les gardiens, et en subir les conséquences, ou trouver l'autre moyen de les défaire... Une fresque vous montrera leurs visages. Maintenant, partez."

Sa voix glaciale me figea sur place. Elle frappa dans ses mains à nouveaux et disparut. Le vent s'est alors mit à souffler, presque pour nous pousser dehors. Nous avons avancé jusqu'à la sortie, croisant au passage une gigantesque fresque dessinée dans la glace. Nous avons à peine eu le temps de la contempler.


Dehors, on entendait les bruits de la forêt. Nous étions à une autre sortie, mais nos compagnons s'y trouvaient eux aussi et nous attendaient. Xeris m'a encore une fois sauté dessus pour me léger le visage. Il m'a rendu le sourire bien que je fut perturbée par cette rencontre.
Une partie de moi était touchée par la honte. Avais-je à ce point tourné le dos à mon peuple parce que j'aimais traverser le portail ? Était-ce à ce point un crime ? Étais-je la honte de mon père ? Je repensais à ma vision dans la forêt près de la capitale, je l'avais entrevu essayant de se téléporter à Midgard, venir me chercher. Oh père... comme vous devez être inquiet et déçu.

Nous avons pensé repartir et monter un petit campement dans la forêt, à l'abri, pou tenter de regagner le navire le lendemain. Mais quelques minutes après notre départ de la grotte, nous avons entendu un cor de chasse. Des hommes, si près ? Je suis partie en éclaireur.
Je les ai vu passer, à cheval, à la poursuite d'un cerf. Tous portaient un tabard que je ne connaissais pas. Quand les autres m'ont rejoint, Rhist nous a dit qu'il s'agissait de la ville de Maeve, bien plus loin au Nord que nous le pensions, à des jours de navigation du fjord où le navire nous avait laissé. Misère...

Ne cherchant pas à cacher notre présence, j'ai intercepté l'un des cavaliers pour lui demander notre chemin. Au moins, nous aurions une direction à prendre. C'était un jeune homme blond et richement vêtu, un peu en retrait des autres.

"Oh la, étrangers. Qui êtes-vous ?
- Des émissaires de Scania et du Sjaeland. Nous sommes envoyés par les nouveaux rois qui ont repris le trône à Frodi. Nous nous sommes perdu en forêt et cherchons notre chemin.
- Des émissaires ? voilà qui est fâcheux, nôtre ville est une alliée du Roi Frodi depuis bientôt dix ans ! Je pense que je vais vous inviter à me suivre, et vous présenter au jarl."


Dire que je voulais juste demander notre chemin...


_________________

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://horizonrp.forumactif.org
Lerith
Admin
avatar

Messages : 1053
Date d'inscription : 28/05/2016
Age : 28
Localisation : Pau

MessageSujet: Re: Les Chroniques de Talia   Lun 7 Nov - 19:30

Le miroir du Destin - Partie 2



En suivant ce jeune homme, nous avons appris qui il était : rien de mois que le fils du jarl de Maeve, Einar. Un passionné de chasse visiblement. Il nous a convié à entrer dans la maison longue avant de nous laisser devant la porte pour que nous puissions nous présenter nous-même à son père. Allez savoir, la pression surement, j'ai réussi à être fine diplomate, Tassarah serait fière de moi. D'ordinaire, c'est elle qui parle bien.
J'ai réussi à faire entrevoir au jarl les possibilités d'une nouvelle alliance avec les fils d'Halfdan, ça c'était la bonne nouvelle, la mauvaise, c'est que Frodi devait être reçu ici-même quelques jours plus tard et le jarl a insisté pour que nous restions. Je ne la sentais pas, mais alors pas du tout. Surtout que Einar n'a pas vraiment aidé à nous mettre à l'aise avec ses allusions politique. il est sortit de nullepart dans ses habits nobles et a usé de son influence sur son père afin qu'il insiste pour que nous restions. Je n'avais pas été aussi agacée par une personne depuis... Ravastson. D'ailleurs, en parlant de lui, il n'a pas tardé à apparaître.

Comme si l'hospitalité trop poussée de notre hôte ne suffisait pas (chambres luxueuses, une place à sa table, festivités, l'autorisation pour Xeris de se promener avec moi en ville et seul dans la cours...), durant le dîner, il est arrivé avec dame Lok et le demi-géant. Ils se sont présentés comme la garde personnelle du roi Frodi venus en avance pour les préparatifs. Forcément, nous n'étions pas discret. Rhist la sœur du nouveau jarl de Klepp et moi qui avait eu la bonne idée de mettre ma robe alfr pour tenter au mieux de jouer les émissaires. Il n'a pas beaucoup parlé mais juste assez pour mettre Rhist mal à l'aise avec ses provocations sur le fait que le jarl qu'elle protégeait meurt subitement puis son frère le remplace... la pauvre, la détendre n'a pas été facile après ça. je l'aurais volontiers soutenu, mais j'en ai aussi pris pour mon grade d'un autre côté : le jarl et son fils.

"Quelle robe superbe, ne trouves-tu pas mon fils ?
- Il n'y a pas que la robe qui soit superbe..."


Je me serais levée pour sortir mais le regard d'Einar et son "vous nous quittez déjà ?" m'a fait comprendre que tous les regards posés sur moi et mes actes pourraient bien porter préjudice à une situation déjà compliquée. Ce garçon semblait se délecter du chaos provoqué par la présence de deux forces ennemies à la même table, et par cela il me rappelait bien trop quelqu'un.


Le lendemain, les festivités commençaient. Une grande fête pour les dieux de la mer qui avaient béni la ville. Nous avons tous pris le temps de visiter, apprendre qu'un grand évènement était à prévoir. On nous a également annoncé que notre navire était au port... Melkorka était furieuse. Si la dame de Givre ne leur était pas apparue en rêve pour leur dire où se rendre, ils nous attendraient encore dans le froid glacial de la grève gelée. Mon maître aussi m'a retrouvée et entraînée à l'extérieur de la ville pour rattraper mon retard à l'entraînement.
Il était fier, malgré tout, d'apprendre que j'avais su lire les runes dans l'antre de la Dame de Givre. Il m'a moins fait souffrir que d'habitude, et m'a également donné quartier libre pour la fin de la journée. Je pouvais profiter de la fête...

La musique, les rires, les masques, les costumes, j'ai réellement pris plaisir à vagabonder dans les rues et regarder les animations. J'ai même dansé avec Alric, et avec des enfants. Ici, dans cette ville, les gens ont moins peur des créatures magiques. Ils semble qu'ils en côtoient plus qu'au Sud. Je me sentais bien. Le genre de ville où... je pourrais bien rester, si un jour le choix m'était imposé de rester sur Midgard avec les mortels... si Midgard survivait.
Malgré les réjouissances, mon esprit restait hanté par notre quête. Mais un peu de repos et de musique ne nous ferait pas de mal, enfin je le croyais.

Une procession de volvas est alors passée près de nous. Bjorn, qui buvait non loin avec le demi géant, s'est fait emporter par un mouvement de foule. Alric et moi avons été emportés un peu plus loin. Jusqu'au port, en fait.
Il y avait un bateau poussé au milieu du port, rempli de victuailles et d'offrandes pour les dieux des mers. D'ailleurs, sur toute la longueur du port, on pouvait voir plusieurs autels qui leur était dédiés. C'est alors que l'eau a commencé à bouillonner autour du bateau, et un immense serpent de mer en est sortit. Ailleurs, un tel évènement aurait provoqué des émeutes mais ici à Maeve, le peuple était en liesse et criait de joie. D'autres serpents, plus petits, bondissaient autour dans le port, dont un parmi eux que nous connaissions : Joggy. Il s'est approché de nous, plus précisément de Bjorn, et a posé sa tête sur sa main. On a alors entendu une clameur dans la foule :

"Il a été béni par les dieux des mers ! qu'on amène une barque !"

Sans trop comprendre comment, Bjorn s'est retrouvé dans la barque. Certains lui ont expliqué que c'était un signe et qu'il devait aller chercher une écaille du grand serpent. Cela se faisait visiblement. J'étais... j'avais du mal à ne pas rire, je crois même que j'ai ri, sincèrement, en voyant le pauvre Bjorn ramer jusqu'au bateau et quand le grand serpent a avancé sa tête pour le regarder droit dans les yeux. Il lui a laissé prendre une écaille.
Autour de moi, j'entendais parler, crier, applaudir. Certains comptaient le nombre de serpents de mer présents. Plus il y en a, plus l'année sera bonne, et visiblement c'était la meilleurs année qui leur était offerte depuis bien longtemps. Toute cette joie m'aurait fait oublier un temps nos problèmes, même si j'entendais aussi parler des failles qui n'avaient pas encore atteint la région. Mais cela ne saurait tarder, ça se rapprochait.

La fête a continué jusque tard dans la nuit. C'est aux alentours de trois heures du matin que nous sommes rentrés à la maison Longue, après avoir  bu, chanté et dansé. Même Einar ne nous avait pas gâché la fête... c'était presque trop parfait.
Je suis allée me coucher en dernier, le temps de ramener Xeris à l'étable. J'ai croisé Ravastson dans les escaliers et j'ai vu Rhist fermer sa porte vivement. Il avait encore dit quelque chose... je soupirais. En passant devant la chambre d'Alric je l'ai vu en sortir, les deux gamins dormaient dans son lit sous l’œil bienveillant de Melkorka, il est allé dormir dans sa chambre à elle. Je ne me suis pas arrêtée devant la chambre de Bjorn vu les "bruits" qui en sortaient. La ville avait visiblement récompensé son "champion du jour" d'une manière assez spéciale... j'étais pressée aller me coucher.
Sauf que, en ouvrant la porte, j'ai remarqué moi aussi une forme allongée sous les couvertures.


"Qui est là ?"

Pendant une seconde, j'ai eu peur de voir ce prétentieux d'Einar, mais ... au final, j'aurais préféré que ce soit lui. C'était bien pire encore. Il a prononcé mon nom, j'ai détourné les yeux. Quand il s'est levé, j'ai voulu sortir, la porte s'est refermée sur moi. Ses cheveux roux et son sourire carnassier ne laissaient pas le moindre doute sur sa véritable nature. Je ne voulais pas le regarder.

"Douce fleur de Lys..."

Il a commencé à déclamer un poème digne d'Asgard. J'ai entendu maintes histoires sur ceux qui ont obtenu les faveurs des dieux, nul ne peut les refuser sous peine d'être maudit, ou pire. J'ai pourtant essayé de résister, je n'ai que quinze ans, je ne suis pas encore une femme. Je l'ai supplié.

"Tu le seras très bientôt, Talia."

Sa cruauté n'a pas de limite. Je me suis sentie happée par un tourment de brumes et ma robe est tombée au sol. Nul ne peut s'opposer aux dieux, même au pire d'entre eux. Père, pardonnez-moi, mère, comme je comprends ta souffrance et ta solitude... me voici faite. Mon premier baiser, mon premier amant, tout ce qui devait faire de moi une femme un jour a été pris par Loki.



Une nuit longue, tourmentée et pourtant... si les hommes sont fait de chair, les dieux aussi savent aimer. On n'oublie jamais sa première fois, mais celle-ci aura mêlé le charme mortel à une puissance surnaturelle.
Au matin je me réveillais seule, dans une chambre fermée de l'intérieur. Nul ne l'aurait vu sortir, peut-être que personne ne savait. Difficile de se souvenir, je suis pourtant restée consciente tout du long, assez pour savoir ce qu'il a fait, assez pour avoir... aimé cette nuit, qui pourtant me déchire les entrailles. Je me sens maudite, souillée, perdue à jamais. J'étais déjà hybride, rejetée par les peuples, me voilà femme du plus terrible des dieux. Tant de fois on m'avait mise en garde, tant de fois on m'avait raconté cette histoire... à moi et mes frères, "l'un de vous a été choisi par Loki, il me l'a annoncé, soyez toujours prudents mes enfants car vous en souffrirez."
Je souffre, je suis perdue. Ma vie ne sera plus jamais la même, il n'y aura pas de retour possible. Je revois ces visions du miroir dans la caverne, les miens qui me tournent le dos. C'en est fini de mes espoirs.

Quand je descends dans la grande salle, il n'y a personne hormis mes compagnons et quelques inconnus. Une chance, ce n'est pas le moment que Ravastson ou Einar viennent me chercher des ennuis. Je ne peux manger, je ne peux parler, et quand je vois sortir de la chambre de Bjorn les deux prostituées, je quitte la Maison Longue sans attendre...

"On ne salue pas son maître ?"


Blotolf me regarde, je me détourne de lui, il me retiens.

"Qu'y a t-il ?"

Je me mords la lèvre, et je craque, je lui dis tout. Son regard se fige, puis se ferme. Il appelle Melkorka qui quitte la table et il lui murmure quelque chose. Je vois mes amis à la table me fixer sans comprendre.
Les deux m'emmènent alors à la sortie de la ville, dans la forêt. Rhist nous suit de loin. Elle est une femme, elle a peut être senti la chose. Ils me font asseoir sur un rocher et tracent un cercle autour de moi, des runes et des symboles que je ne peux comprendre. Ils en tracent aussi sur mon ventre, je commence à craindre le pire. Se pourrait-il que...? Les dieux ne font rien sans raison.
"Qu'est ce qu'elle a ?" Finit par demander Rhist. Les deux murmurent en aparté, avant de me fixer avec un air grave. melkorka secoue la tête tristement, mon maître répond alors.

"Le Destin est en marche."

Je mets du temps à comprendre, encore plus à l'admettre. Rhist me regarde, mortifiée. Alric et Bjorn arrivent. Je ne peux plus bouger, je m'écroule. J'ai dû perdre conscience quelques minutes avant de me reprendre et... essayer de leur expliquer. Xeris est arrivé, comment lui annoncer ? Je n'en ai pas eu besoin, il a reniflé vers moi et m'a donné un coup de tête, protecteur. Bjorn ne savait plus quoi faire.

"A part me planter ton épée dans le ventre, tu ne peux rien pour moi..."

Un coup de tonnerre a retentit dans le ciel. Alric s'est approché, doucement.

"J'ai peut être des plantes qui pourraient..."

Un autre coup de tonnerre retentit. Même les dieux semblent s'opposer à cette éventualité. Et comme si cela ne suffisait pas, nous avons été téléporté dans le village des neuf mondes à cet instant. J'étais tout sauf en état.
Heureusement pour moi, mes compagnons étaient en forme, si ce n'est Rhist qui devait être encore plus chamboulée que nous par tout ça, elle sortait à peine de sa petite vie tranquille à Klepp. Au bout d'un moment, je crois que j'ai eu besoin d'extérioriser tout ça. Notre adversaire était un dragon mort-vivant composé de morceaux de cadavres. j'ai dégainé mes sabres jumeaux, et j'ai frappé à la manière de père, et chargé à la manière de mère. Je lui ai tranché l'aile et une partie du corps là où Bjorn lui a fendu le crâne en deux. Nous l'avons terrassé, mais le constat est clair : les ennemis deviennent de plus en plus puissants. La sorcière gobeline est apparue, fixant mon ventre avec un sourire. Elle a demandé alors "vas-tu le garder, ou l'abandonner ? Les enfants des dieux ne sont pas humains, c'est pour bientôt".

De retour sur Midgard, je suis montée sur le dos de Xeris et je suis partie. Je ne voulais voir personne, pleurer de rage, hurler de peur sans que personne ne m'entende. Je n'ai croisé personne en montant dans ma chambre... mais il y avait quelqu'un sur mon lit. Dame Lok semblait attendre. Je n'ai pas été des plus aimable.

"Qui que vous soyez, ce n'est vraiment pas le moment !"

J'ai alors vu les larmes qui coulaient de son masque. Elle s'est levée, et elle est partie. Je l'ai interpellé dans le couloir.

"Qui êtes-vous ?"

Elle s'est arrêtée, avant de s'enfuir. Je fut prise de tremblements, et je l'ai poursuivie. Tant de sentiments contradictoires se bousculent dans mon esprit alors que je cours derrière elle. Se peut-il que sous ce masque, ma mère cache son visage sous la contrainte ? Ou serait-ce sa mère, sortie des enfers où Ravastson est, à ce que je sais,  un émissaire de la déesse sombre ?
Mais pire que tout, je crains de lui ôter ce masque et de devoir affronter la vérité. J'ai désormais peur de revoir les miens, peur de leur jugement. j'ai peur de demain, et des jours qui suivront. J'ai peur, car je ne contrôle plus rien, et je ne sais si je saurais contrôler ma voix. Là où mon âme cherche à gagner mon peuple, mon corps fait que j'appartiens maintenant à Loki, et je ne contrôle plus ni l'un, ni l'autre, pas même mon cœur qui palpite sitôt qu'il apparait dans mon esprit...

... Comment peut-on aimer ainsi ?

_________________

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://horizonrp.forumactif.org
 
Les Chroniques de Talia
Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» FLIC Chroniques de la police ordinaire, Bénédicte Des forges
» Chroniques d'un retour en Auvergne
» [Fluff perso] Les Chroniques d'Yggdrasil
» Chroniques Oubliées - Mini campagne médiéval fantastique pour joueurs débutants
» Chroniques d'un eldar noir (2000 pts) [genèse de listes, résumés de parties, ...]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Sans nom  :: Yggdrasil-
Sauter vers: