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 [Hikari Beara] Une page perdue dans un carnet

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Valahad

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MessageSujet: [Hikari Beara] Une page perdue dans un carnet   Mer 21 Sep - 1:24


Citation :
Lentement je m’éveille, sortant de la transe dans laquelle je m’étais plongé. J’ouvre les yeux, battant vivement des paupières, gêné par vive lueur du soleil d’été qui inonde la retraite familiale. D’une main, j’ouvre le panneau qui ferme l’abri, dévoilant la petite vallée en contrebas, verdoyante, et le lac qui scintille de mille feux.

Je sens une brise, fraîche, qui entre, secouant doucement ma longue chevelure et les bannières de tissu aux symboles de ma famille, dissimulant les charmes protecteurs qui interdisent l’accès à tous ceux qui ne posséderait pas la clef. Inconsciemment, je baisse le regard vers celle-ci, posée en travers sur mes cuisses.

L'épée est magnifique, une œuvre d’art resplendissante dont le vue ne me lasse jamais. Le pommeau et la lame sont gravés de schéma, la base des sortilèges jalousement conservé par la famille. Et bientôt, avant mon départ, j’y ajouterai ma touche personnelle, signe de la fin de mes études. D’une main pleine de respect j’effleure tout ce savoir, cet héritage familial avant de glisser la lame dans son fourreau, gravé de mille symboles lui aussi.

Lentement je me relève pour me diriger vers ma couche et la ranger, faisant de même avec quelques affaires dont je dispose. Ici, pas de serviteurs, personne pour répondre à mes ordres. Seul le silence de la solitude comme compagnon à mes réflexions et mon travail. Et cela me convient. Avant de sortir, je regarde une dernière fois les lieux, m’assurant que toutes les barrières soient en place avant de sortir la clef de son fourreau pour sceller les sceaux. Plus bas, je siffle ma monture qui attend patiemment mon retour. Un brave cheval, haut et fort, digne du noble que je suis. Je viens flatter son encolure avant de monter souplement en selle et d’une pression des cuisses le guider vers le chemin du retour.

Chevauchant, je laisse mon regard dériver au gré des changements qui s’opèrent sur ce paysage si familier de mes montagnes natales. Plus loin, j’aperçois les premiers champs et les plus braves des paysans qui travaillent encore la terre. Ces hommes et femmes dont le clan Yama assure la sécurité depuis de longues années, par tous les moyens sont notre fierté. Ils bravent les rigueurs de la montagne et assure notre survie.

Mon devoir sera d’en assurer la continuité, un jour. Devoir, un mot qui me fait revenir au présent, et aux obligations qui sont les miennes. Demain j’irais voir le maître artisan que je chargerai de faire graver les dernières lignes sur la lame du katana familiale, qui fait notre nom et notre honneur, puis je pourrais enfin partir accomplir la destinée auquel le titre qui me fût donné à la naissance me destine. J’ai foi en l’avenir et j’espère pouvoir trouver le savoir qui nous permettra de chasser la maladie qui ronge nos terres. Une bonne fois pour toute.


Dernière édition par Valahad le Mer 21 Sep - 22:55, édité 1 fois
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Valahad

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MessageSujet: Re: [Hikari Beara] Une page perdue dans un carnet   Mer 21 Sep - 1:33



Citation :
L’hiver est là, pour le clan Yama tout du moins. Du haut de nos montagnes nous sommes toujours les premiers à sentir la froidure du vent et la douce caresser de la neige. Pourtant je n’ai toujours pas ouvert les panneaux de ma chambre qui donne sur le jardin intérieur. Mais je le sais, à la lueur trop pâle, aux rires lointains des enfants et à la mollesse qui emplie l’air.

L’heure du départ est arrivée, bien trop tôt à mon goût. Je me redresse alors, faisant glisser les couvertures  de ma couche et je fais bouger l’un des paravents. Un plateau attend, fumant dans l’air frais du petit matin. L’odeur du thé m’assaille comme jamais, le dernier que je bois avant de longues années.

Inutile de traîner, cela n’arrêtera pas le temps, ce temps qui m’est compté maintenant. Mes affaires sont déjà prêtes et je n’ai besoin que de quelques instants pour être prêt. J’ouvre enfin le panneau qui me permet d’accéder au jardin et le contourne lentement, sur l’estrade en bois laqué tout en me plongeant dans la contemplation de la neige. Une œuvre parfaite, naturelle, sobre et pourtant si limpide. Mais non, je n’ai pas le temps, plus le temps pour ce genre de chose. Un déchirement douloureux, mais nécessaire. Bientôt, bien trop vite en fait, mes pas me mènent aux portes du domaine familial.

Ma monture m’y attend, harnachée pour le voyage qui nous attend. Personne d’autre, pas même un serviteur. C’est inutile, leur vision ne rendrait ce départ que plus douloureux. Le devoir avant tout. Un devoir que j’ai hérité à ma naissance, sans même le savoir. Un titre comme il n’en existe qu’un par génération.

Les montagnes sont loin maintenant derrière moi, très loin, trop loin. C’est l’odeur du sel dans l’air et les cris des premiers oiseaux marins qui m’en font prendre conscience. Le port se dévoile à mes yeux, une étape. La plus dure surement. Je ne perds pas de temps, ce temps, toujours ce temps qui court. Les pas de ma monture me mènent jusqu’à une auberge respectable au vu de son apparence. Le contact m’y attend déjà.

A peine ais-je le temps d’y installer mon compagnon de voyage qu’il vient me trouver, pressant, vulgaire. Mais j’ai besoin de lui. J’acquiesce à ses mots, ses requêtes et lui demande un instant de calme. Il accepte, finalement, m’arrachant la promesse de faire vite. Je n’aurais pas le temps de me recueillir une dernière fois. Tant pis. Je sors le rouleau de ma veste, ce rouleau précieux, avant d’en lire l’incantation qui s’y trouve.

Mes cornes, mes écailles virent au noir de jais et mes yeux au rouge rubis. Le petit miroir dans ma sacoche, un bref aperçu qui me dégoûte et d’une pensée doublée d’un tracé dans les airs je fais brûler le parchemin. Des cendres, comme mon cœur, voilà ce qu’il en reste avant que je ne puisse reprendre la direction de la sortie.

Mon dernier regard en arrière et pour ma fière monture. Elle retrouvera nos montagnes au printemps, un accord est un accord. Je suis mon guide, dans le dédale des rues de la basse ville, celles qui mènent au port, mais cette partie du port que personne n’entretient . . . ni ne surveille. Des pièces sont échangées, peu de mots, un ordre, bref. Et voici que l’obscurité de la cale m’attend. Le voyage sera long, très long. Heureusement j’ai prévu de quoi lire et à ma ceinture pend ma clef. Je sers sa poignée et son contact que réconforte.

Mes dernières pensées libres vont à ma famille et mon clan. J’honorerai mon devoir et remplirai ma tâche. Même si cela doit me prendre une vie entière.
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Valahad

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MessageSujet: Re: [Hikari Beara] Une page perdue dans un carnet   Dim 25 Sep - 0:04


Citation :
Je pose enfin mon pied sur un sol qui ne tangue pas et pourtant j'ai l'impression que tout bouge autour de moi. Inspirer longuement, fermer les yeux un court instant avant de les rouvrir. Le bruit des oiseaux marins, des marchands, des pêcheurs et des passants m’agresse les cornes. Et cette langue si peu mélodieuse que j’entends tout autour de moi pour ma première fois. Je suis si loin de chez moi et déjà le mal du pays serre mon cœur dans ma poitrine.

D’un geste de la tête je remercie brièvement le capitaine de navire avant de m’enfoncer dans une ruelle sombre non loin du port, ma lame à la taille et mon sac sur l’épaule. Là au calme je sors le second parchemin de son étuis et lis l’ancienne formule qu’il contient. Un frisson parcourt mon corps et je sais que j’ai retrouvé ma véritable apparence. C’est un profond soulagement.

Bientôt je m’engage à nouveau dans la lumière et accoste un passant. Maladroitement, trop, suffisamment pour me sentir déjà exaspéré envers moi-même, je lui demande où trouver ce que je cherche ainsi que les informations les plus utiles suite à mon arrivée. La discussion ne traîne pas et rapidement je dirige mes pas vers mon objectif, vérifiant maintes fois que la bande de tissus recouvre bien le fourreau et la garde de mon épée. Alors que je lève mon regard vers l’enseigne que je cherchais, vérifiant une nouvelle fois les bandes de tissu, des souvenirs remontent.

Je me rappelle le vent frais du printemps, l’herbe soyeuse sous mes pieds et l’inclinaison douce de la prairie au cœur de ma vallée natale. Dans mes mains, le poids imposant de l’épée que je tiens tiraille mes muscles, faisant trembler mes bras. Face à moi mon père tient la sienne sans frémir malgré sa mince carrure. Son regard pèse sur moi comme une montagne, imposant, lourd d’une volonté inébranlable et cuisant aussi. Cuisant des échecs que je représente à ses yeux, incapable de tenir correctement ce bout de métal que je hais tant.

Je me rappelle de ces mots, si durs, si difficile à accepter.
- « N’oublie pas mon fils, cette lame est la quintessence de notre savoir, de notre art. C’est notre œuvre la plus chère et la plus précieuse. C’est pour cela que tu dois la manier mieux que ton bras, mieux que tes jambes et mieux que ton esprit. Quand tu t’en montreras digne, nous y graveront le signe de ton appartenance à notre clan et à notre famille. Et quand se sera fait tu devras t’assurer que nul ne verra ce qui y est inscrit. C’est là que réside l’une des forces du clan Yama, et de la famille Meito qui le dirige. »
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Valahad

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MessageSujet: Re: [Hikari Beara] Une page perdue dans un carnet   Sam 12 Nov - 20:16


Citation :
Lentement mes doigts glissent sur les touches du clavecin. Sans accro, sans hésitation, ils suivent le fil de mes pensées. Mon regard trouble posé sur les notes de la partition se plisse dans un laborieux effort. Néanmoins, tout cela me vient aisément, avec facilité. L'apprentissage du solfège comme ils l'appellent n'avait rien de difficile pour un arcaniste confirmé et mes doigts retrouvent rapidement leur aisance. Ressentir les notes du clavecin, s'imprégner de la musique qui s'en dégage et façonner une mélodie. Cela ne diffère guère de l'art de mon clan. L'instrument entier se dévoile sous mon regard, chaque corde, chaque pédale forment un ensemble que je maîtrise et qui se plie à ma volonté.

La musique est un bon entraînement, bien qu'il diffère de la sculpture. Un sentiment de nostalgie vient ralentir mon tempo. Bercé par les notes qui s'échappent de l'instrument, je me rappelle ces heures passées assis à l'ombre d'un grand arbre, une figure d'argile entre les mains. Tels furent mes premières leçons de façonnage. Créer, transformer une matière brute. Voir ma volonté guidant mes mains lui donner forme. Voir au-delà de l'apparence physique. Voir la finalité de chacun de mes gestes. Une bouffée de mélancolie m'assaille, me rappelant ce destin qui n'aurait pas pu être le mien malgré tous mes désirs.

« Tu seras un guerrier mon fils. Un dirigeant éclairé, mais jamais un vulgaire artisan. Lave tes mains et va chercher l'épée qui est la tienne. »
Une phrase si souvent répétée qu'elle en devient un presque un credo pour moi. Alors que ma vue s'éclaircit, un peu, sortant des brumes des souvenirs pour celle plus réelle de la faiblesse de mon regard, je réalise que je joue avec une ligne ténue. La musique n'est certes pas une activité d'artisan, mais elle n'en reste pas moins une occupation oisive. Quel que soit les compétences que son exercice permette d'acquérir ou de conserver.

Lentement je me relève, laissant l'écho des dernières notes raisonner dans le petit salon. Mon regard se porte vers la cheminée, derrière laquelle se trouve la chambre où se repose mon épouse. Mon épouse . . . c'est réellement le cas. Après trois longs mois d'attentes elle est enfin devenue mienne, aux yeux de tous. Sa main porte mon sceau, son corps ma marque et son âme mon image. Elle m'aime, tout du moins me le dit-elle. Si petite, si frêle qu'elle pourrait se briser sans même que je m'en rende compte, ses gestes dans l'intimité et ses mots en disent plus long que je ne l'aurais jamais espéré. Quand mon regard accroche le sien, je sens comme un poids se levé de mes épaules. Mon fardeau, ma solitude s'amenuisent et le devoir devient supportable. Je veux croire en elle, en ce qu'elle m'offre.
Aujourd'hui, je dois admettre que je ne la vois plus que comme une génitrice, comme celle qui apportera des héritiers aux Meitos. Elle le fera, mais pas que par devoir. Nous le ferons, pas que par devoir. Peut-être est-ce son innocence ou peut-être est-ce sa douceur coutumière qui ont su percer la carapace que j'avais forgé.

Malgré sa soumission elle conserve un caractère d'indépendance. Sous son éducation parfaite elle garde une volonté de fer. Je crois que ni elle ni moi n'aurions jamais pensé pouvoir associer au devoir des sentiments plus nobles, plus intimes. L'avenir n'est pas encore tracé et des dangers guettent mais je ne faillirai pas à mes devoirs. Peut-être fais-je enfin devoir me dévoiler ? Mais quand je la vois dormir ou sourire, si faiblement, de sa façon qui est la sienne, je me dis que ça ne peut-être un mal. Presque cinq années de mensonge. Cela devrait être suffisant. Le temps avance, le vent du changement commence à se faire sentir et nous, les fils du clan Yama sommes toujours les premiers à les sentir du haut de nos montagne . . .
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